Tout ce qui va changer dans le parc du Mercantour

Copyright NICE MATIN 12.05.2012

 

Né dans la douleur en 1979, le parc du Mercantour a privé les riverains d'une partie de leurs droits, principalement de chasse ou de construire sur certaines parcelles. Alors, bien qu'ayant contribué à la renaissance de la faune et apporté la notoriété à une montagne méconnue, il demeure mal aimé de ses habitants. Comment dépasser ces vieilles rancœurs, attisées par le retour du loup ?

Une grande réforme, inspirée par une loi de 2006, lui en donne l'occasion. Négociée entre les différents acteurs, une charte vise à conforter la protection du cœur du Mercantour, tout en profitant de l'attractivité de ce sanctuaire de la biodiversité pour développer touristiquement l'aire d'adhésion (ancienne zone périphérique). Il s'agit, en outre, d'aider davantage l'agriculture et le pastoralisme. Validée le 30 mars par le conseil d'administration du parc, la charte va passer au filtre du Conseil d'État, avant une promulgation par décret attendue à l'automne 2012.

La méfiance des locaux

Elle est censée bénéficier aux populations locales, qui, cependant, l'accueillent avec suspicion. « Toujours le poids de l'histoire », soupire le directeur du parc, Alain Brandeis.« De nombreux habitants redoutent que la réglementation du cœur s'applique à l'aire d'adhésion, ce qui est totalement contraire à la réalité. »

« Quand un interlocuteur se plaint de contraintes supplémentaires, je lui demande de me fournir un exemple. Il en est incapable », reprend le président du parc et maire de Valdeblore, Fernand Blanchi. Alors pourquoi tant de méfiance ? « Chat échaudé craint l'eau froide »,justifie le maire de St-Dalmas-le-Selvage, Jean-Pierre Issautier. « On s'est déjà fait avoir dans les grandes largeurs en 1979. »

Côté agents du Mercantour, d'autres inquiétudes s'expriment. Elles renvoient essentiellement à la possibilité d'installations hydroélectriques en zone cœur. « Le Mercantour est le seul parc à autoriser de tels aménagements », dénonce Antony Turpot, du Syndicat national de l'environnement. Un captage est ainsi envisagé dans le torrent du vallon de Mollières. Comme d'autres maires du secteur, Fernand Blanchi soutient le projet, mais « craint qu'il ne voit pas le jour ».

La rébellion de Saint-Étienne-de-Tinée

Tous ces élus seront appelés, début 2013, à se prononcer pour ou contre le maintien de leurs communes dans le parc. À l'automne dernier, ils ont déjà fourni un élément de réponse. Beaucoup veulent rester, à quelques réserves près. Dans les Alpes-Maritimes, seule Saint-Étienne-de-Tinée a dit clairement non. Veut-elle vraiment sortir du Mercantour - du moins pour la partie située en aire d'adhésion, celle en cœur ne pouvant changer de statut ? « On a demandé des compensations »,répond le maire Thérèse Fabron. « Si on les obtient, on verra. »

« Je ne pense pas que Saint-Étienne, comme Jausiers dans les Alpes-de-Haute-Provence, se retire »,rassure Fernand blanchi. « Dans le doute, il nous reste huit mois pour vaincre toutes les réticences. »